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Learn French at dinner time: Quelle bonne idée

Yesterday I sat in on a French class hosted by Los Monitos Language Center at the restaurant, Ghyslain.  More on that later.  For now, here’s a little taste of my favorite part of the lesson.

“We know the formula for ordering un plat,” Madame says, opening her arms as if inviting her students to burst out in choral performance.  Then, raising one finger emphatically, she lowers her voice.  On cue, her students lean in to hear what they’re sure will be an important detail.

“Remember the most important part of the formula,” she hints.

S’il vous plaît!” comes the chorus.

Madame nods, pleased, then makes her way around the room soliciting the sentence, “Je voudrais du poisson, s’il vous plaît.”

The students repeat, with varying degrees of success, and a few accidental orders of poison.  Madame smiles encouragingly at each of them, her ear trained to pick up the positive notes among the choppy, timid sentences.  Still, when she reaches the last student, she throws a curveball.

“What if your server responds, ‘je suis désolée, mais…’ ?

She hunches her shoulders dramatically to emphasize the meaning of this new vocabulary.

For the first time tonight, her audience falls silent.

“Je suis désolée, Monsieur, mais nous n’avons pas de poisson aujourd’hui,” she says, throwing her hands in the air and shaking her head no.

The students just don’t get it. Their lifelong training in body language fails them as they struggle to make sense of the words.

Madame tries again.

“What would you say,” she asks the man at the end of the table, “if I came to you and said, ‘je suis désolée’ ? Her words are slow and sad, as if she is really, very, sorry.

The older gentleman looks up at her and fidgets with his bottle of beer.  He searches her face for a clue.  He blushes a little, but smiles.  Then, when the ten seconds of silence have become an unbearable eternity, he opens his mouth and — shrugging — asks, “Parlez-vous anglais?”

“Très bien!” Madame exclaims amidst the chorus of goodhearted laughter.  It’s not the response she was expecting, but it would certainly work in a pinch.

“Good answer,” she says. Then, with an almost American flair, “I love it!”

TRADUCTION A LA MELIE:

Apprendre le Français au dîner : quelle bonne idée

Hier, j’ai participé à un cours de Français organisé par le Los Monitos Language Center au restaurant Ghyslain. Je vous en dirai un peu plus plus tard. Pour l’instant, voici un petit avant-goût de ma partie préférée du cours.

« Nous savons comment commander un plat, » déclare Madame, ouvrant les bras comme si elle invitait ses élèves à entonner en chœur. Puis dressant le doigt énergiquement, elle baisse la voix. Simultanément, ses élèves se renversent sur leur siège pour écouter ce qui sera, ils en sont sûrs, un détail important.

« Rappelez-vous de la partie la plus importante de l’expression » conseille-t-elle.

« S’il vous plaît ! » clame le chœur.

Madame acquiesce, contente, puis tourne autour de la pièce sollicitant la phrase « Je voudrais du poisson s’il vous plaît. »

Les élèves répètent, avec différents degrés de succès, et certains commandent accidentellement du poison. Madame sourit, encourageant chacun, son oreille traînant pour attraper les notes positives dans l’océan de phrases timides. Puis, en atteignant le dernier élève, elle le prend par surprise.

« Et si votre serveuse répond : je suis désolée, mais … ? »

Elle courbe ses épaules théâtralement pour accentuer le sens de ce nouveau vocabulaire.

Pour la première fois de la soirée, son audience se tait.

“Je suis désolée, Monsieur, mais nous n’avons pas de poisson aujourd’hui,” dit-elle, agitant les mains en l’air et faisant non de la tête.

Les élèves ne saisissent pas. Leur expérience innée du langage corporel leur fait défaut alors qu’ils luttent pour donner un sens à ces mots.

Madame essaie à nouveau.

« Que diriez-vous, » demande-t-elle à l’homme assis au bout de la table, « si je venais vers vous et que je vous disais je suis désolée ? » Elle parle lentement et tristement, comme si elle était vraiment, vraiment désolée.

L’homme d’un certain âge lève la tête vers elle et agite sa bouteille de bière. Il cherche un indice sur son visage. Il rougit un peu mais sourit. Puis alors que les dix secondes de silence se transforment en une éternité insoutenable, il ouvre la bouche et haussant les épaules demande « Parlez-vous anglais ? »

« Très bien ! » s’exclame Madame au milieu du fou-rire général. Ce n’est pas la réponse qu’elle attendait, mais à la rigueur, ça pourrait marcher.

« Bonne réponse, » dit-elle. Puis, dans un style quasiment Américain, « I love it ! (j’adore NDLT) »

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Inadequate words for an extraordinary school year

Maybe I just need some time to sort through the emotions, I told myself as justification for the complete lack of closing reflection on my teaching experience. In the days that have followed my last day at school I have thought a lot about my students, about teaching, about goodbyes.  But I have not written a single word.  As if my thoughts on the matter have been in the same limbo with my application for a renewal of contract.  I don’t know what to think because I don’t know if I will ever see “my” students again, at least not as their teacher.  I don’t know whether the “see you soon’s” I repeated last week were promises I can keep or merely euphemistic avoidance of the implications of “goodbye.”

I don’t know how my initial “rookie’s impatience” gave way to a genuine love for the job, and the desire to continue teaching English, when at first the prospect of the assistantship meant little more to me than a 7-month ticket to France.

But it did.  And I couldn’t help thinking about this “gray” post as I remembered the arms of the same little Laurine wound tightly around my waist when I left school last Thursday.

“Don’t go! Don’t abandon us!” she said dramatically, shaking her olive head and squeezing me even tighter.  “Oh, please staaaay,” she sang.  She batted her eyelashes as if fighting back tears — comic relief.

I was a little embarrassed as I grabbed  her arms and looked helplessly at the growing group of students that had formed around me.  “We will see you again, next year?” one of them asked, seeking confirmation.

“Yes, when will you come back?” another added.

I reminded them that I wouldn’t know until summertime, but that I was doing my best to come back for another year.

“See you soon,” I repeated, in English, especially in response to several rather pitiful goodbyes.

Finally I tore myself away, saying I would miss my train if I didn’t get going — which was true: I had already missed one.

With a smile I took a mental picture of what will probably remain the most vivid scene in my memory of that day: hands waving in unison under a pink cherry tree.

You see why it has been hard to find the words to write.  Even this little description seems so inadequate to me. Furthermore, it sounds proud to say I had a sending-off party; am I tooting my own horn?

Perhaps with children relationships are easier, simpler.  Love flows more freely, attachment comes more swiftly.  I know that it’s not necessarily a reflection of my teaching skills to say that I was well-liked.  On the contrary, perhaps it was my lack of skill, my overt amateur status that won them over.  I was “trying to speak French like they were trying to speak English,” remember.  In my classroom the kids were always allowed to correct my faults, exasperating as they might be at times.  And we laughed together as we learned together.

It was magical.  I hope I can do it again.

TRADUCTION A LA MELIE:

Des mots insuffisants pour une année extraordinaire.

J’ai peut-être seulement besoin de faire le tri dans mes émotions me suis-je dit pour justifier l’absence de conclusion à mon expérience pédagogique. Dans les jours qui ont suivi mon dernier jour d’école, j’ai beaucoup pensé à mes élèves, à l’enseignement, aux au-revoir. Mais je n’ai pas écrit un seul mot. Comme si mes pensées sur la question planaient dans les mêmes limbes que ma demande de renouvellement de contrat. Je ne sais pas quoi penser parce que je ne sais pas si je reverrai « mes » élèves, même sans être leur enseignante. Je ne sais pas si le « à bientôt » que j’ai répété la semaine dernière est une promesse que je pourrai tenir ou simplement un euphémisme pour éviter l’implication d’un « au-revoir ».

Je ne sais pas comment mon « impatience du débutant » des premiers jours a laissé la place à un réel amour de mon travail, et au désir de continuer à enseigner l’anglais, alors qu’au début la perspective d’être assistante signifiait pour moi à peine plus qu’un simple visa de sept mois pour la France.

Mais c’est arrivé. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à ce post « gris » en me rappelant les bras de cette même petite Laurine me serrant fort quand j’ai quitté l’école jeudi dernier.

« Ne pars pas ! ne nous abandonne pas ! » disait-elle théâtralement, secouant sa tête ronde et me serrant encore plus fort. « S’il te plait reeesste » chantait-elle. Elle battait des paupières comme si elle retenait ses larmes – comique.

J’étais un peu embarrassée en détachant ses bras et en jetant un regard impuissant au groupe de plus en plus important d’élèves  se formant autour de moi. « Nous te reverrons l’année prochaine ? » m’a demandé l’un d’entre eux, attendant une confirmation.

« Oui, tu reviens quand ? » a ajouté un autre.

Je leur ai rappelé que je ne le saurai pas avant cet été, mais que je faisais tout mon possible pour revenir une année de plus.

« A bientôt » leur ai-je répété en anglais, en réponse particulière à plusieurs « goodbyes » plutôt pitoyables.

Finalement je me suis décidée à partir, déclarant que je risquais de manquer mon train si je n’y allais pas – ce qui était vrai, j’en avais déjà loupé un.

En souriant, j’ai pris une photo dans ma tête de ce qui restera certainement le souvenir le plus marquant de cette journée : des mains s’agitant à l’unisson sous un cerisier rose.

Vous voyez pourquoi cela a été difficile de trouver des mots à écrire. Même cette petite description me semble inappropriée. Et même plus, cela parait prétentieux de dire que j’ai eu une fête d’adieu, est-ce que je chante mes propres louanges ?

Les relations avec les enfants sont peut-être plus faciles, plus simples. L’amour s’écoule plus librement, l’attachement se fait plus rapidement. Je sais que ce n’est pas forcément grâce à mes compétences pédagogiques que j’ai été appréciée. Au contraire, c’est peut être mon manque de compétence, mon statut d’amateur non dissimulé qui les a conquis. « J’essaie de parler Français comme ils essaient de parler Anglais », souvenez-vous. Dans ma classe, les enfants avaient toujours le droit de corriger mes fautes, même si cela pouvait parfois être exaspérant. Et nous riions ensemble en apprenant ensemble.

C’était magique. J’espère pouvoir recommencer.

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Every child we educate is a soul won…a translation on the last day of school

I stumbled upon this poem today — my last day (this year anyway) as an English Assistant in Beaune.  Without waxing too poetic, (pun intended) I’ll pass the baton to the great French writer and human-rights activist Victor Hugo (1802 – 1885), who wrote the following after a visit to a French prison. Scroll down for my attempt at the translation.

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
L’école est sanctuaire autant que la chapelle.
L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S’éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre.

La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat.
Faute d’enseignement, on jette dans l’état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c’est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L’intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.

My translation:

Every child we educate is a man we gain.
Ninety thieves out of one hundred in prison
Never once went to school,
And don’t know how to read, or sign at the x.
It is in this shadow that they found crime.
Ignorance is the night that opens upon an abyss.
There reason creeps away and honesty perishes.

God, the first author of all that is written,
Put on this Earth of intoxicated men,
The wings of spirits in the pages of books.
Everyone who opens a book finds a wing with which he can
Glide up where free souls move.
The school is sanctuary as much as chapel.
The alphabet that the child with his finger spells
Contains virtue in each letter; the heart
Lights up gently at this humble glow.
So, to the little child, give the little book.
Walk, lamp in hand, so he can follow you.

Night produces error and error the assault.
A lack of good education means we bombard society
With animal-men, unfinished heads,
Sad instincts and deadened pupils,
Terrifying blind men with deathly gazes,
Who feel for their way in a moral world.
Let us illuminate the spirits, this is our first law.
And from the vilest tallow let us fashion a light.
The intellect longs to be open here below;
The sprout has a right to blossom; and he who does not think
Does not live.  The thieves had a right to live.
Bear in mind, the school of gold transforms copperware,
Whereas leaden ignorance transforms gold…

TRADUCTION A LA MELIE:

Chaque enfant qu’on enseigne est une âme qu’on gagne … une traduction sur le dernier jour d’école.

Je suis tombée aujourd’hui sur ce poème – mon dernier jour (du moins cette année) en tant qu’assistante d’anglais à Beaune. Sans vouloir être trop poétique (attention au jeu de mots) je passerai la main au grand auteur français et défenseur des droits de l’homme Victor Hugo (1802 – 1885), qui écrivit le poème suivant après une visite dans une prison. Descendez pour mon essai de traduction…

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Long winters make for such marvelous springs!

Spring is three branches of wild forsythia stolen over three days from the side of the road.

The sun already high in the sky and rude awakenings at eight in the morning.

A long run through the vineyards with Val and two thousand friends.

Short sleeved shirts and white skin.

Thoughts of beaches and bathing suits and road trips south.

Last chance trips to the slopes and slushy afternoon snow.

Café frappés.

Inappropriately exposed legs and goosebumps.

Brainstorming summer job opportunities.

Promises to come home in June.

Reluctance to leave “home” in June.

The arrival of new primary-school vocabulary: “It’s hot!”

Sunglasses.

Flowers at the marketplace and our gypsy group playing the accordion to the tune of “Amélie Poulain.”

Parisian-style terraces emerging from hibernation on every corner.

Seven-month contracts coming to a quick end.

Hope in the air, in new life, in new opportunities, in the unknown.

Spring is hope.

TRADUCTION A LA MELIE:

Les longs hivers font des printemps merveilleux !

 

Le printemps c’est trois branches de forsythia sauvage volées sur le bord de la route une par une trois jours de suite.

Le soleil déjà haut dans le ciel qui te réveille violemment à huit heures du matin.

Une longue course dans les vignes avec Val et deux milles amis.

Des chemises à manches courtes et de la peau blanche.

Des envies de plages, de maillots de bains et d’escapades dans le sud.

Un week-end au ski « dernière chance » sur la neige fondue de l’après-midi.

Les cafés frappés.

L’exposition prématurée des jambes et de la chair de poule.

Les réflexions sur les propositions de job d’été.

La promesse de rentrer chez moi en juin.

La réticence à quitter mon « chez moi » en juin.

L’arrivée de nouveau vocabulaire à l’école primaire : « il fait chaud ! »

Les lunettes de soleil.

Les fleurs sur la place du marché et notre groupe de gitans jouant l’air d’Amélie Poulain à l’accordéon.

Les terrasses à la parisienne sortant de leur hibernation à chaque coin de rue.

Un contrat de sept mois tirant vite à sa fin.

L’espoir dans l’air, dans une vie nouvelle, dans de nouvelles opportunités, dans l’inconnu.

Le printemps c’est l’espoir.

Val and I with our race "medals" -- 10th Edition Semi-Marathon Nuits-Saint-Georges Burgundy Red

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Dear Mathieu: I’d miss my train every day for a note like that

“Emilie, thank you for teaching us English.  Now I will be able to speak English with my cousins and my uncle and aunt.” — Mathieu, 9 years old

What if I had made it to the station in time for the 5:11 train?  What if I had stopped before the last verse of “If You’re Happy and You Know It” with the first-graders? If I had passed by Florence’s office without poking my head in to say goodbye and receive some last minute planning suggestions? What if I had broken into a run outside the school instead of favoring my tired muscles (20 km yesterday!)?

I probably would have been home before six, that’s what.

But I would not have passed Mathieu on the sidewalk, or heard his quiet “Ello, Emily,” or turned to see that he was fishing around in his backpack for something special for me.

Tenez,” he said, holding out a slightly crumpled sheet of notebook paper.  I took it, catching his sheepish glance before reading what was written on the page.  “Thank you,” it began…

Mathieu is a shy boy, with a timid smile and gap teeth.  Dirty blond hair sticks up this way and that, and he shuffles slightly as he walks home alone from school.  I have a feeling he is used to turning the key at an empty house.

He’s one of my favorites, but I try not to let on.

Today, however, at probably about the same time the 5:11 train was pulling away toward Dijon, I planted a kiss on each of his pale cheeks.  “Thank you,” I said.  “This means so much to me!”

TRADUCTION A LA MELIE:

Cher Mathieu : je manquerai mon train tous les jours pour un mot comme celui là.

« Emilie, merci de nous apprendre l’anglais. Comme ça je pourrai parler anglais avec mes cousins et tonton et tata » Mathieu – 9 ans

Et si j’avais réussi à être à la gare à l’heure pour le train de 5h11 ? et si je m’étais arrêtée avant le dernier vers de « Si tu es heureux et que tu le sais » avec la classe de première année ? Si j’étais passée devant le bureau de Florence sans passer la tête pour dire au revoir et recevoir les dernières suggestions d’emploi du temps ? et si j’avais piqué un sprint à la sortie de l’école au lieu de prendre soin de mes muscles fatigués (20 km hier !) ?

J’aurai surement été chez moi avant six heures, c’est sur.

Mais je n’aurai pas doublé Mathieu sur le trottoir, ou entendu son petit « Ello, Emily », je ne me serai pas retournée pour le voir plonger dans son sac à dos à la recherche de quelque chose de spécial pour moi.

« Tenez » dit-il, tendant une feuille de cahier légèrement froissée. Je l’ai prise, captant son regard penaud avant de lire ce qui était écrit sur la page. Cela commençait par « Merci ».

Mathieu est un garçon réservé, avec un sourire timide et les dents écartées. Ses cheveux blonds sales vont dans tous les sens et il traine un peu des pieds pour rentrer chez lui. J’ai le sentiment qu’il a l’habitude d’ouvrir la porte sur une maison vide.

C’est l’un de mes préférés, mais j’essaie de ne pas en tenir compte.

Aujourd’hui pourtant, probablement à peu près au moment où le train de 5h11 partait pour Dijon, j’ai planté un baiser sur chacune de ses joues pâles. « Merci » dis-je « cela signifie tellement pour moi ! »

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Hello, Stranger

What if people really can feel the thoughts we think about them, if we think them hard enough?

It is five o’ clock and the thought on everyone’s mind as we push out of the train station is home.  Maybe the businessman who just elbowed me is thinking of his kids, their little arms thrown around his neck and waist, and a whole day of worries evaporating like steam rising from the simmering pot on the stove. There’s a punk swaggering beside me with his scowly face pierced up one side and down the other.  Probably he has dinner plans with his girlfriend and he’s forgotten to pick up the onions or creme fraiche or some other ingredient she asked him to get.  I have my own five o’ clock preoccupations, namely a little place where I can unzip my boots and wiggle my toes and pour myself a bowl of pretzels that I’ll smear with peanut butter before even thinking about dinner.

That’s exactly what I am daydreaming about when I look up and see the familiar face of a girl I remember sitting next to on the train maybe a month ago.  Bespectacled with the perfectly round glasses you’d only imagine seeing on your grandmother or John Lennon, she has her own style, to put it nicely.  From the ground up she’s a picture of nonconformism: a French beatnik in black biker boots, faux leather tights and a shiny sequined miniskirt crowned with a leather jacket. She rushes past me, equally pulled by the gravitational force of home.

And then there is her hair. Although earlier I had recognized her face, until now I had overlooked her most striking feature.  A great mahogany mass of wavy hair rushes like a current down her back.  Even in the failing sunlight of late afternoon its luster brilliantly competes with the sequins on her skirt.

“Wow,” I say, under my breath.

At a crosswalk, she stops and I catch up.  Between the cars rushing into town and the cars rushing out, I stand by her side and she looks my way.  Fixing my gaze on the building or the street sign or the nothing in front of me, I know she has noticed me.  Out of the corner of my eye I realize she recognizes me too now.  She is smiling.

What else to do but what everyone does when someone is smiling at them?  I turn my head her way nonchalantly, hoping she’ll think I’m just as surprised to see her as she seems to see me.  “I didn’t recognize you at first,” she says.  Odd, since I wouldn’t have expected her to recognize me at all.  “Vous allez bien?”


I am surprised.  We never even spoke that morning on the train.

Oui, oui,” I affirm, and then — I don’t know why I couldn’t stop it, but! —  just like that, I blurt out, “J’adore vos cheveux!”

She laughs, and I am embarrassed, but the brightness behind her Lennon specs eases the heat in my cheeks.  “Ah bon?” She says. “Je pensais les couper, en fait.”

“No! You shouldn’t cut it,” I reply.  It is so beautiful.”

From this awkward beginning, I learn she is also a teacher, who, as I do, prefers to live in Dijon rather than the city where she teaches French.  The stoplight has changed and we have crossed the street.  “So, you teach your language and I teach mine, and we both take the train from Dijon every day,” she says, laughing at the coincidence of our meeting and already sharing so much.

“Yes,” I say. We’re coming up on a corner and I can already tell she’s being pulled in a different direction, so I make it quick.  “…I’m sure we’ll run into each other again.  I’m Emily, by the way.”

“Samuelle,” she says, extending her hand.  “If we do, we can get a coffee, peut-etre.”

“Avec plaisir!” I say, stepping off the corner to cross the street.  “A bientot, alors!”

As I walk away I catch myself shaking my head, a residual smile still plastered on my face.  What had inspired this girl to speak to me?  Had she felt the weight of my judgments about her unconventional clothes or the warmth of my appreciation for her flowing hair? I can’t resist finding the whole situation — which spanned the course of maybe two minutes — a bit bizarre. To each his own at this five o’ clock hour, and then not.

For just a moment the gravitational pull on two young strangers collides, and even if they never do run into each other again, for that moment they are fellow teachers and friends.
**Image credits: Chemers Gallery, The New Yorker

TRADUCTION à la Mélie:

Salut, Etranger …

Et si les gens ressentaient vraiment ce qu’on pense d’eux si l’on y pense assez fort ?

Il est cinq heures et la seule chose que chacun a en tête en sortant de la gare est « chez moi ». Peut être que l’homme d’affaires que je viens de croiser pense à ses enfants, leurs petits bras enroulés autour de son cou et de sa taille, tous ses soucis de la journée s’évanouissant comme la vapeur d’une bouilloire sur le feu. Un punk se pavane à côté de moi, l’air renfrogné, le visage percé de part en part. Peut être qu’il a prévu un diner avec sa copine et qu’il a oublié les oignons ou la crème fraîche, ou tout autre ingrédient qu’elle lui aurait demandé de rapporter.

J’ai mes propres préoccupations de cinq heures, en l’occurrence un petit endroit où je pourrai dézipper mes bottes et agiter mes doigts de pieds, me servir un bol de bretzels que je plongerai dans du beurre de cacahuètes et ce avant même de penser au diner.

Voilà à quoi j’étais en train de rêver toute éveillée lorsque j’ai levé la tête et aperçu le visage familier d’une fille avec laquelle je me souviens avoir pris le train peut être un mois plus tôt.

Portant les lunettes parfaitement rondes que seuls votre grand-mère ou John Lennon porteraient, elle a son propre style, pour le dire gentiment. Du bas en haut c’est l’image même du non-conformisme : une beatnik française, bottes de moto noires, collants simili cuir, minijupe à sequins étincelante et blouson de cuir pour couronner le tout. Elle me dépasse rapidement, poussée elle aussi par la force gravitationnelle du « chez moi ».

Et puis il y a ses cheveux. Même si j’ai d’abord reconnu son visage, j’ai jusqu’à maintenant fermé les yeux sur son signe le plus particulier. Une superbe masse de cheveux ondulés couleur acajou dégringole comme un torrent le long de son dos. Même dans lumière tardive de cette fin d’après midi, son éclat concurrence avec brio les sequins de sa jupe.

« Waou » m’exclamais-je dans un souffle.

Elle s’arrête au passage piéton et je la rattrape. Entre les voitures fonçant en centre ville et celles en sortant, je me tiens à ses côtés et elle regarde dans ma direction. Fixant mon regard sur les immeubles ou la rue ou le néant en face de moi, je sens qu’elle m’a remarquée. Du coin de l’œil je réalise qu’elle ma reconnue. Elle sourit.

Que faire d’autre que ce qu’on fait quand quelqu’un nous sourit ? Je tourne la tête vers elle avec détachement, espérant qu’elle pensera que je suis aussi surprise de la voir qu’elle semble surprise de me voir. « Je ne vous ai pas reconnue tout de suite» déclare-t-elle. Etrange, je ne m’imaginais pas qu’elle me reconnaisse du tout. « Vous allez bien ? »

Je suis surprise, nous n’avons jamais échangé un seul mot dans le train ce matin-là.

« Oui, oui » affirme-je, et – je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pu m’arrêter – juste comme ça, je laisse échapper : « J’adore vos cheveux ! »

Elle rit, et je suis gênée, l’éclat de son regard derrière ses lunettes à la Lennon me fait piquer un fard. « Ah bon. ? » dit-elle, « Je pensais les couper en fait »

« Oh non ! ne les coupez pas, ils sont magnifiques. » réplique-je.

Après ces débuts embarrassant, j’apprends qu’elle est également enseignante, et qu’elle préfère elle aussi vivre à Dijon plutôt que dans la ville où elle enseigne le français. Le feu piéton  est passé au vert et nous avons traversé la rue. « Alors vous enseignez votre langue, j’enseigne la mienne et nous prenons toutes les deux le train pour rentrer à Dijon chaque jour, » déclare-t-elle s’amusant de la coïncidence de notre rencontre et de nos nombreux points communs.

« Oui » dis-je. Nous arrivons au coin de la rue et je sens qu’elle va dans l’autre direction, donc je fais vite « … je suis sûre que nous allons de nouveau nous croiser, je m’appelle Emily au fait. »

« Samuelle » répond-elle en me tendant la main «si c’est le cas nous pourrons boire un café, peut être. »

« Avec plaisir ! » dis-je, descendant du trottoir pour traverser la rue « A bientôt alors ! »

En m’éloignant je me suis surprise à secouer la tête, les restes d’un sourire imprimé sur mon visage. Qu’est ce qui a incité cette fille à m’adresser la parole ? A-t-elle ressenti le poids de mes jugements sur ses vêtements hors norme ou la chaleur de mes appréciations sur sa cascade de cheveux ? je ne peux m’empêcher de trouver cette situation – qui n’a duré qu’environ deux minutes – un peu étrange. Chacun pour soi en cette fin d’après-midi, mais tant de choses en commun.

Pour juste un instant les forces gravitationnelles ont fait se télescoper deux jeunes étrangères et même si elles ne se rencontrent plus jamais, à cet instant elles sont collègues et amies.

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Am I too young for a walk down Memory Lane?

Joan of Arc, Francois Rude museum, Dijon

 

“May I have your phone number?”

Lena follows her question with a nervous explanation: “My Grandma says I should take your number just in case I have trouble with English in sixth grade and need private lessons.” She blinks at me with little doe eyes, but despite her apprehensive tone she doesn’t look away.

The bell has just rung and I had been too busy shuffling papers and erasing the board to see that eleven-year-old Lena had hung back when all of her friends raced away to lunch.  Now I am looking down at her petite French frame, all legs and tall black boots.  Something about this moment seems so familiar to me.

“But you won’t have trouble in sixieme,” I say, stifling a giggle.  Lena is one of my best, most interested students. Already ahead of the game.

“J’adore l’anglais, c’est pour ca…”

Oh, I get it.  She doesn’t need private lessons, but she wants them.  From me.

A series of familiar circumstances races through my brain all at once.  In the span of two, maybe three seconds I remember staying after class to tell my eighth grade French teacher that I loved French and that I was going to study it until I became good enough to live in France. I promised her I would one day be able to have a real conversation with her, instead of just conjugating verbs on her blackboard.

I remember afternoons on horseback in Kentucky during which I transported myself to France and was Joan of Arc.  Atop my chestnut steed (actually a Thoroughbred racehorse-turned-show horse) I waved my riding crop alternately as a banner and as a sword whenever I charged, yelling — I kid you not — Vive la France!

Timer and myself, flying as a "zebra" across the cross-country course during Team Challenge, circa 2002

I remember telling my high school teacher that I was going to study abroad in France and become so good that I could speak to my children in French and spare them the trouble of having to learn it the hard way.  I remember her telling me that this was a silly idea because when it comes down to it, mothers always speak the language in which they can best express their love.  I remember that it took me a few years to get over being offended and actually understand the truth in her words.

Finally, I recall the day during my first year in college when I nervously approached the French foreign language assistant, Clemence, to tell her that I lived and breathed the words that came so effortlessly from her mouth, that I was in love with the French language.  What I really wanted was to be her friend and learn everything she could teach me about French culture, even before I had the chance to study abroad. I remember hanging back after the bell had rung, when everyone else was heading to lunch, or the library, or another class…

“You won’t have any trouble in sixieme, Lena,” I repeat, fishing in my purse for a pen.  “But I will give you my phone number and I would be happy if you called to talk about lessons.”

I scribble my number down, every single digit a reminder to me of how the tables have turned.  Then, remembering the courage it took to approach my own teachers, I add, “And thanks for staying after class.  It really means a lot.”

Merci, she responds with an adoring smile as she takes the slip of paper from my hand.  Then she disappears into the hall, hurrying to join her friends.

Traduction à la Mélie

Suis-je trop jeune pour la ronde des souvenirs ?

« Pourrais-je avoir ton numéro de téléphone ? »

Lena s’explique nerveusement : « Ma Grand-Mère dit que je devrais prendre ton numéro au cas où j’aurais des problèmes en anglais en sixième et besoin de cours particuliers » Elle me fixe avec ses yeux de biche, et malgré son ton apeuré elle ne détourne pas le regard.

La sonnerie vient de retentir et j’étais trop occupée à ranger mes papiers et effacer le tableau pour remarquer que cette petite Lena de 11 ans restait là alors que tous ses camarades avaient couru déjeuner. Alors je l’observe, si française, avec ses longues jambes et ses grandes bottes noires. Et ce moment me parait très familier.

« Mais tu n’auras aucun problème en sixième » pouffais-je. Lena est l’une de mes meilleures élèves, et la plus investie. Déjà une longueur d’avance.

« J’adore l’anglais, c’est pour ça… »

Ca y est j’ai compris. Elle n’a pas besoin de cours particuliers, elle veut que je lui donne des cours particuliers.

Une foule de souvenirs assaille ma mémoire. En l’espace de deux, peut être trois secondes je me souviens être restée après la fin du cours pour dire à mon professeur de français de quatrième que j’adorais le français et que j’allais l’étudier jusqu’à être capable de vivre en France. Je lui ai promis qu’un jour je pourrais avoir une vraie conversation avec elle, au lieu de seulement conjuguer des verbes sur son tableau noir.

Je me souviens d’après midis à cheval au Kentucky pendant lesquels je m’imaginais en France et me prenais pour Jeanne d’Arc. Sur mon cheval châtaigne (en réalité un pur-sang de course reconverti en cheval de compétition) je brandissais ma cravache tantôt comme une bannière tantôt comme un sabre en chargeant, hurlant – ce n’est pas une blague – Vive la France !

Je me souviens avoir déclaré à mon professeur au lycée que j’allais étudier en France et devenir si douée que je pourrais parler français à mes enfants et leur épargner la difficulté de l’apprendre autrement. Je me souviens qu’elle m’avait répondu que c’était une idée stupide parce que dans ces cas là, les mères parlent toujours la langue qui traduira le mieux leur amour. Je me souviens que cela m’a pris quelques années pour ne plus être vexée et comprendre réellement la véracité de ses propos.

Finalement, je me suis remémorée le jour, lors de ma première année à l’université, où j’avais nerveusement abordé l’assistante de français, Clémence, pour lui dire que je vivais et respirais les mots qui sortaient si facilement de sa bouche, que j’étais amoureuse de la langue française. Ce que je voulais vraiment, c’était être son amie et apprendre tout ce qu’elle pouvait m’enseigner de la culture française, et cela même avant d’avoir la chance d’étudier à l’étranger. Je me souviens m’attardant après que la cloche ait sonné, alors que tous les autres allaient déjeuner, ou à la bibliothèque, ou au cours suivant …

« Tu n’auras aucun problème en sixième, Lena » lui répétais-je, plongeant dans mon sac à la recherche d’un stylo. « Mais je te donne mon numéro de téléphone et je serais ravie si tu m’appelles pour parler des leçons. »

Je lui ai écrit mon numéro, chaque chiffre me rappelant comme la roue tourne. Et, me souvenant du courage dont j’avais eu besoin pour aborder mes propres professeurs, j’ajoutais « et merci d’être restée après le cours. Cela représente beaucoup. »

Merci, répond-elle avec un sourire adorateur en me prenant le papier des mains. Puis elle disparaît dans le couloir, se dépêchant pour rejoindre ses amis.

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